Jeudi soir, au Théâtre de la Commune, j’ai eu le plaisir d’introduire le débat sur la liberté de la presse, organisé autour d’Edwy Plenel et de la sortie de son dernier livre « Combat pour une presse libre » aux éditions Galaade (disponible à la librairie « Les mots passants » rue du Moutier à Aubervilliers). Voici une partie de mon intervention et de ma présentation d’Edwy Plenel :
THEATRE DE LA COMMUNE
Jeudi 18 juin 2009 – Rencontre avec Edwy PLENEL
« Le Canard enchaîné l’affirme depuis près d’un siècle : «la liberté de la presse ne s’use que si l’on ne s’en sert pas.» Une affirmation plus d’actualité que jamais. On peut également ajouter la citation de Beaumarchais : « sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur », devenue la devise du Figaro, une devise que ce journal applique avec ardeur, du moins quand il s’agit de blâmer la gauche et de faire l’éloge du Président de la République. Mais soyons justes, Le Figaro n’a jamais prétendu être neutre. En cela, il est assez conforme à la tradition de la presse française qui est plutôt une presse d’opinion. Parfois virulents, généralement modérés, les journaux français ont toujours semblé privilégier le débat à l’analyse, le commentaire au fait et le parti pris à l’objectivité. Cependant, le paysage journalistique français a tout de même réussi à élaborer un produit de synthèse, incarné en la personne d’Edwy PLENEL. En effet on peut dire qu’Edwy PLENEL est un journaliste engagé, mais également un journaliste d’investigation comme on en trouvait plutôt jusque là dans la presse anglo-saxonne.
Très jeune, à 18 ans, Edwy PLENEL milite à l’extrême gauche, adhère à la ligue communiste révolutionnaire, et commence rapidement à écrire pour ROUGE l’hebdomadaire de la LCR. Au début des années 80, il devient journaliste au très honorable quotidien Le Monde. Au fil de ses enquêtes, il devient le porte étendard d’un nouveau journalisme d’investigation à la française, une étiquette qui le placera d’ailleurs un peu en marge de la profession. A partir de 1995, sa carrière prend un nouveau cours. Il devient directeur de la rédaction du quotidien de la rue des Italiens jusqu’en 2003, un poste qu’il abandonnera suite aux remous suscités par le réquisitoire de Pierre Péan et Philippe Cohen : « La Face cachée du Monde ». Edwy PLENEL a publié une dizaine d’ouvrages et est très présent dans les médias. Il est désormais très engagé dans le projet MEDIAPART un journal en ligne, accessible par abonnement.
Il est ici ce soir pour nous parler de sa démarche. Son dernier ouvrage «Combat pour une presse libre» dans la collection Galaade, est un manifeste pour une presse indépendante. Il dénonce la connivence des mondes politiques, économiques et médiatiques qui a produit une oligarchie ultra-dominante. Selon ses propres termes, le collectif MEDIAPART « cherche à inventer une réponse aux trois crises – démocratique, économique, morale – qui minent l’information en France, sa qualité et son utilité, son honnêteté et sa liberté ». (…)
La presse est en pleine mutation. Dans le monde entier la presse traditionnelle tend de plus en plus à devenir « bi-media », papier et numérique. En France, des expériences de véritables journaux alternatifs en ligne se sont créés, RUE 89 et BAKCHICH-INFO. Avec MEDIAPART ils sont les pionniers d’une nouvelle presse professionnelle qui se libère des lourds investissements liés à l’impression et à la diffusion. (…) Pour finir, si vous me permettez, je vais citer un bref passage de votre livre qui en résume l’esprit : « Avec l’avènement du media personnel, la révolution d’Internet a fait tomber de son piédestal le journalisme qui prétendait avoir le monopole de l’opinion. S’il l’avait oublié, il lui a fallu réapprendre, parfois à ses dépens, que le jugement, le point de vue, l’analyse ou le commentaire, l’engagement, l’expertise et la connaissance ne sont pas sa propriété exclusive. C’est une bonne nouvelle, car le voici remis à sa place, à sa juste place, sa raison d’être : chercher, trouver, révéler, trier, hiérarchiser, transmettre les informations, les faits et le réalité, utiles à la compréhension du monde, à la réflexion qu’elle suscite et à discussion qu’elle appelle».
En complément, en cliquant ici vous pourrez visionner une anti-pub de Mediapart qui utilise pour sa promotion la controverse qui l’oppose à Alain Minc. Alain Minc est au départ un homme d’affaire, devenu un homme de medias, ex président du conseil de surveillance du Monde, un conseiller très écouté, très proche de Nicolas Sarkozy. Dans cette video Alain Minc prédit, avec une certaine délectation, l’échec du modèle économique de MEDIAPART, journal accessible sur le Net par abonnement. On peut y voir là une confrontation très symbolique entre un personnage, Alain Minc, qui représente mieux que quiconque l’establishement , et les journalistes francs tireurs de Mediapart. partis en croisade contre la dérive de l’oligarchie médiatique, de plus en plus liée au le pouvoir sarkozyste.